5 croyances tenaces que j’ai dû ignorer

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Mel Eskera
février 4, 2026 |

Quand j’ai commencé à imaginer l’intrigue des Enfants du Salève, je ne me suis pas posé mille questions. Je n’ai pas attendu de permission ni cherché une méthode infaillible dans les manuels de narratologie. Au contraire, je me suis lancée tête baissée, sans réfléchir et surtout sans jamais douter de la nécessité de raconter cette histoire.

J’avais cette urgence d’écrire, cette certitude viscérale que mes personnages devaient prendre vie.

Pourtant, avec le recul, je réalise que, même si j’avais une volonté inébranlable, j’avançais dans un champ de mines de fausses croyances que l’on finit par intégrer sans s’en rendre compte, par simple imprégnation culturelle. Aujourd’hui, alors que mon Tome 2 s’apprête à sortir en autoédition, je regarde le chemin parcouru avec une grande lucidité.

Voici les cinq mensonges sur l’écriture que j’ai dû balayer pour transformer cette impulsion première en une saga concrète et enfin passer du rêve au manuscrit.

1. Attendre le bon moment : un écueil fatal

L’envie d’écrire un livre m’habite depuis l’enfance. C’était une promesse que je me faisais à voix basse : « un jour, j’écrirai mon propre roman ». Pourtant, j’ai passé des années à repousser l’échéance, abritée derrière mille et une excuses qui me semblaient, à l’époque, parfaitement valables.

Il a fallu que j’atteigne la quarantaine (preuve que ce cap a ses vertus !) pour avoir ce déclic brutal : tant que je ne le déciderais pas, le « bon moment » n’existerait jamais. J’ai compris que c’était à moi de créer cet instant, de l’imposer à mon agenda. Le confinement lié au Covid a agi comme un accélérateur, me rappelant, comme à beaucoup d’entre nous, l’urgence de vivre ses rêves plutôt que de les stocker pour plus tard. Alors, je me suis lancée. Tête baissée.

Depuis, j’écris partout, tout le temps. J’ai cessé de poursuivre le mirage des circonstances idéales, car elles n’existent pas. Elles sont un luxe qu’il ne faut pas attendre, mais s’octroyer de force. L’écriture doit s’adapter au tumulte de la vie, et non l’inverse. Si l’on veut vraiment sauter le pas, il faut renoncer au calme absolu : il faut apprendre à créer dans le bruit, dans l’urgence, dans les interstices du quotidien.

Attendre que tout soit parfait est le chemin le plus court vers un manuscrit qui ne verra jamais le jour. On nous répète souvent qu’il faut être dans de « bonnes dispositions » pour laisser parler sa créativité. Si j’avais écouté ce conseil, mes récits seraient encore à l’état de simples pensées volatiles, et Les Enfants du Salève n’auraient jamais quitté mon esprit.

2. Le piège de la motivation VS la force de la discipline

On imagine souvent l’écrivain de thriller psychologique porté par une inspiration mystique ou une pulsion incontrôlable à chaque page. La réalité est bien plus terre à terre. La motivation, c’est ce qui nous fait commencer, mais c’est la discipline qui nous fait finir.
Il y a eu des jours où l’énergie du début s’émoussait, où gérer deux intrigues complexes en parallèle devenait un casse-tête épuisant. C’est là que j’ai compris que la discipline était mon meilleur atout.

Si je ne travaillais que les jours où je me sentais « inspiré », mon manuscrit aurait pris dix ans. Pour ma part, c’est la régularité, presque militaire, qui m’a permis de boucler cette duologie de presque 650 pages sans perdre le fil. C’est en utilisant chaque jour sa plume, même sans envie, que l’on devient un auteur professionnel.

3. Le talent est un don, la technique est une arme

Je n’ai jamais douté de mon envie de raconter, mais j’ai vite compris que l’instinct ne faisait pas tout. On nous rabâche que le talent est un don du ciel, une sorte de magie innée.

Non. C’est un mensonge qui empêche de progresser. Le talent vous lance, c’est vrai, mais c’est la technique qui vous fait gagner.

Chaque grand auteur a commencé par apprendre à tenir sa plume, à structurer ses silences et à cadencer son suspense. Pour mener à bien une duologie, j’ai dû apprendre les rouages du métier : comment construire un arc narratif sur plusieurs tomes sans perdre le lecteur. La technique n’a pas bridé mon élan, elle lui a donné une colonne vertébrale.

4. La planification, une fenêtre de liberté

J’ai démarré sans réfléchir et j’ai écrit des centaines de pages.
Mais j’ai fini par réaliser que je ne pouvais plus continuer sans plan, c’était comme conduire dans le brouillard à 130 km/h. Je m’embrouillais dans mes personnages, dans les intentions que je leur avais prêtées, dans leurs paroles, dans leurs actes.
On dit souvent que planifier tue la créativité ; mon expérience me prouve l’inverse.
Planifier, c’est s’offrir la liberté d’écrire l’esprit léger. En ayant ma structure bien en main, j’ai pu libérer mon cerveau de la logistique narrative pour me concentrer sur l’essentiel : l’ambiance, la tension et la noirceur de mes personnages. C’est ce qui m’a permis d’e continuer à écrire sereinement, sans craindre l’erreur, et de me laisser porter par l’émotion de l’instant.

La structure n’a pas limité mon imaginaire, elle lui a offert un terrain de jeu sécurisé où il a pu s’exprimer sans crainte de l’incohérence.

5. Sortir du mythe du marathon douloureux

On nous présente l’écriture comme une épreuve de force, un marathon solitaire et douloureux où chaque mot serait arraché dans la souffrance. C’est une vision très masochiste de la création, qui est réelle, mais à laquelle je refuse d’adhérer.
Bien sûr, c’est un travail de longue haleine qui demande de l’endurance, mais il existe plein d’outils pour se simplifier la tâche. Notamment des outils informatiques qui aident à classer, à tisser les fils narratifs, à traquer les incohérences.

J’ai choisi de vivre cette double aventure comme une aventure exaltante plutôt que comme un fardeau. Mon passage à l’autoédition pour le Tome 2 est d’ailleurs le prolongement de cette liberté : je décide du rythme, de la forme et du fond. Écrire ne doit pas être une punition, mais un acte de puissance.

L’aveu final

Aujourd’hui, je regarde ces croyances limitantes avec le sourire. Elles n’ont pas réussi à m’arrêter, mais je sais qu’elles peuvent revenir et paralyser mon écriture. Mon parcours d’autrice montre qu’avec une impulsion franche, une structure solide et une bonne dose de courage et de confiance en soi, on peut abattre des montagnes.
L’écriture est une affaire de décision autant que d’imagination.

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