J’ai signé chez les éditions Taurnada.
Cette phrase, je l’ai longtemps imaginée sans savoir si je pourrais un jour l’écrire.
Pas parce que je doutais de mon roman.
Mais parce qu’entre écrire un livre et trouver l’éditeur avec qui on a vraiment envie d’avancer, il y a parfois des années de détours, de mauvaises décisions, de portes fermées, de fatigue et de remises en question.
Alors aujourd’hui, je peux enfin raconter comment j’en suis arrivée là.
Avec les erreurs.
Les détours.
Et les bonnes personnes rencontrées au bon moment.
Maïa. Ce que j’aurais dû voir venir
Au départ, il y a eu les éditions Maïa. Un éditeur qui dit oui. Trop vite. Et moi qui baisse la garde, simplement parce que quelqu’un a dit enfin oui.
Je ne vais pas tout redévelopper ici (j’ai écrit un article entier sur ce sujet). Ce qu’il faut savoir en résumé : mon expérience avec Maïa m’a conduite à considérer leur fonctionnement comme celui d’une maison à compte d’auteur déguisé. Des promesses non tenues. Un livre publié sans la mention « Tome 1 » sur la couverture. Des coquilles laissées dans le texte. Des libraires bloqués par des conditions de vente impossibles. Et une Fnac promise pendant huit mois qui n’est jamais arrivée.
Dix mois après avoir signé, j’ai repris mes droits. Le Tome 2, quand à lui, était déjà terminé. J’ai décidé de publier les deux en autoédition via BoD.
— LE POINT DE BASCULE
Ce n’était pas un choix. C’était devenue une nécessité. La seule façon d’avancer.
Reprendre mes droits, ce n’était pas repartir de zéro. C’était reprendre la main sur mon livre, sur la suite, et sur la manière dont je voulais désormais avancer.
L’autoédition. Seule. Plus de 400 exemplaires
J’ai tout géré seule. La couverture. Le texte de quatrième. La maquette. La communication. Le démarchage des librairies. Les salons. Les réseaux. Le service client quand un exemplaire arrivait abîmé. La comptabilité de poche. Tout.
Je ne vais pas vous raconter que c’est facile. Ce n’est pas facile. C’est même épuisant, solitaire, et parfois franchement décourageant. Surtout quand on fait tout ça en plus d’un travail à temps plein, d’une vie de famille et des répétitions du groupe de musique.
Mais j’ai vendu plus de 400 exemplaires. Sans structure de diffusion. Sans budget publicité. Dans des librairies que j’ai démarchées une par une. Dans des salons où je m’étais inscrite moi-même. Sur mon site. Et grâce à des lecteurs qui en parlaient autour d’eux.
Plus de 400 exemplaires, cela peut sembler peu. Dans le monde de l’édition traditionnelle, peut-être. Mais seule, sans aucun filet, avec les recettes qui ne servent qu’à racheter d’autres exemplaires, c’est une performance dont je suis fière.
Le dossier de presse. Et la question : comment se faire entendre ?
À un moment, j’ai compris qu’il fallait passer à l’étape suivante. Que vendre salon après salon, c’était bien, mais que ça ne suffirait pas à me faire connaître au-delà de mon périmètre immédiat.
Il me fallait un dossier de presse.
Pendant plusieurs jours, je me suis épuisée à l’élaborer. Un travail fastidieux. Difficile. Sans repères, sans savoir si j’étais dans la bonne direction. Parce que quand on est auteur, on ne sait pas nécessairement être autre chose : agent de comm, marketeur, attachée de presse… Et pourtant, il faut bien se vendre. Il faut bien se lancer dans le bain des réseaux, des contacts médias et des portes closes.
Six pages conçues sur Canva. Présentation du roman, des deux époques, des thématiques, du territoire, de mon parcours. Des extraits de chroniques déjà parues. Des citations de lecteurs. Quelque chose qui disait clairement : ce roman existe, il a déjà été lu et voilà ce qu’il fait à ceux qui le lisent.
— LE PROBLÈME N’ÉTAIT PLUS D’ÉCRIRE.
C’était d’être lue. Un dossier de presse sans personne pour le porter, le transmettre ou le défendre, c’est du temps perdu pour rien. Un coup d’épée dans l’eau. Il me fallait désormais trouver comment ouvrir les bonnes portes.
J’ai cherché des agents littéraires. J’ai contacté plusieurs professionnels. Certaines des propositions que j’ai reçues étaient financièrement hors de portée pour moi, allant parfois jusqu’à 7 000 euros.
Je me suis alors tournée vers Come Up, une plateforme qui met en relation des auteurs avec des prestataires indépendants spécialisés dans la promotion du livre : soumission de dossiers à des chroniqueurs, influenceuses littéraires, professionnels du secteur. J’ai épluché les profils. J’ai trouvé une professionnelle spécialisée dans la promotion littéraire, dont le travail consistait à présenter mon dossier à son réseau de contacts.
Seul hic : plus de 1 000 euros. Une somme énorme pour une autrice qui n’a encore rien gagné des ventes de ses livres, puisque les recettes ne servent qu’à racheter d’autres exemplaires.
Alors, avant de signer quoi que ce soit, j’ai appelé. Pas pour vérifier les modalités, mais pour entendre sa voix. Pour savoir si je pouvais lui faire confiance. Son professionnalisme m’a rassurée. Je me suis sentie épaulée pour la première fois depuis le début de cette aventure.
Elle ne m’a rien promis de spectaculaire. Pas de grands discours, pas de certitudes faciles. Seulement une méthode, des contacts, et cette impression rassurante qu’elle savait où elle allait. Je n’avais plus à avancer complètement seule. Quelqu’un connaissait les rouages, les bonnes personnes, les portes auxquelles frapper.
Et derrière l’une de ces portes, il y avait Manuel.
Manuel. Le Monde du Polar. Et ce que la confiance d’un professionnel change
Manuel Meszarovits tient le site Le Monde du Polar. Il a accepté de lire le Tome 1 des « Enfants du Salève ». Ce qu’il en a fait, c’est une chronique que je n’attendais pas à ce niveau. Pas un résumé poli. Une vraie analyse, fouillée, qui nommait ce que le roman faisait et comment il le faisait.
Puis il a chroniqué le Tome 2. Avec la même rigueur et la même générosité.
— CE QUE ÇA CHANGE
Manuel anime Le Monde du Polar depuis plus de soixante ans. Passionné par le genre, il a publié plus de 360 chroniques. Mais le regard d’un professionnel spécialisé apporte bien davantage qu’un peu de visibilité.
Pour la première fois, quelqu’un qui connaissait intimement les codes du polar posait sur mon roman un regard extérieur, précis, argumenté. Ce n’était ni une faveur ni un encouragement de circonstance. C’était un avis de professionnel.
Et ce regard a changé quelque chose en moi. Il a modifié la façon dont je percevais mon propre travail. Manuel avait réussi à mettre des mots sur ce que je ressentais instinctivement, sur ce que je cherchais à transmettre à travers mon écriture, sans jamais l’avoir même formulé.
Manuel et moi avons beaucoup échangé suite à ces deux articles. Il m’a conseillée de construire un site internet afin d’augmenter ma visibilité dans le temps. Il a tout pris en charge. Il répondait toujours présent à la moindre de mes questions.
Il a cru en mon travail.
Et à un moment, il a parlé de moi à l’un de ses contacts.
Ce contact, c’était les éditions Taurnada.
Taurnada. Le bon endroit. Au bon moment
Les éditions Taurnada existent depuis 2014. Leur identité éditoriale est clairement tournée vers le polar, le thriller, le roman noir et psychologique. Une dizaine de titres seulement paraissent chaque année. Ce choix me plaît : une production resserrée, dans un univers que la maison connaît parfaitement.
Pour moi qui écris du thriller psychologique, l’évidence était là.
— UN DÉTAIL QUI CHANGE TOUT
En France, les livres Taurnada sont diffusés par Geodif et distribués par la Sodis. Un circuit qui place les titres directement dans les rayons des librairies indépendantes comme dans ceux des grandes enseignes. Avec de véritables représentants qui démarchent le terrain et un approvisionnement facilité pour qui veut commander.
La maison travaille également avec un bureau spécialisé dans les droits audiovisuels, pour porter ses publications au-delà du livre.
Après avoir vendu mes romans moi-même, librairie après librairie, salon après salon, je mesurais exactement ce que cela représentait.
Quelques mois après le premier contact, je leur ai envoyé mon nouveau manuscrit. Une semaine plus tard, lors d’une visio-conférence, ils m’ont annoncé qu’ils souhaitaient le publier. Quatre jours après, les contrats étaient signés.
Je ne l’avais pas vu venir aussi vite.
Ce que cette signature représente pour moi dépasse largement la publication d’un livre. Elle vient reconnaître tout le travail accompli, toutes les heures de doute, de persévérance et de solitude. Elle me rappelle aussi qu’à force d’avancer, même lentement, même épuisée, certaines portes finissent par s’ouvrir. Ce n’est pas un aboutissement, plutôt le début d’une nouvelle étape. Et au milieu de tout cela, il y a Manuel. Sans lui, cette histoire n’aurait sans doute pas pris ce chemin-là, ni à ce moment précis.
Pour ceux qui traversent le même chemin
Un mauvais éditeur n’est pas une fatalité. C’est une étape douloureuse dont on peut sortir. Lisez vos contrats. Posez des questions. Et si quelque chose ne va pas, sachez que des recours existent.
L’autoédition n’est pas une consolation. Pour certains d’entre nous, c’est la meilleure école qui soit. Elle apprend à défendre son travail, à le porter seul dans le monde, à comprendre ce que le marché du livre exige vraiment d’un auteur. J’ai adoré vivre cette expérience.
Mais avancer seul ne signifie pas rester isolé. Il faut apprendre à se créer un réseau, puis oser le solliciter. Pour ma part, je suis passée par ComeUp, qui m’a permis d’entrer en contact avec des professionnels que je n’aurais sans doute jamais approchés autrement. Ce n’est évidemment pas la seule voie. Il existe des prestataires, des chroniqueurs, des salons, des communautés d’auteurs, des réseaux sociaux, des rencontres professionnelles. Peu importe le moyen choisi : l’essentiel est de ne pas rester dans son coin en espérant que quelqu’un finira par découvrir votre livre par hasard. Il faut aller vers les autres, provoquer les rencontres et créer des occasions.
— CE QUI COMPTE VRAIMENT
Le réseau compte. Les relations authentiques, construites sur la lecture et l’échange. Manuel n’a pas parlé de moi à Taurnada parce que je lui avais demandé. Il l’a fait parce qu’il avait lu mon roman et qu’il croyait en ce que je faisais.
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Les bonnes choses prennent du temps. « Les Enfants du Salève » m’a demandé cinq années d’écriture. Les deux années suivantes m’ont appris à publier, vendre, me tromper, recommencer et comprendre quelle autrice je voulais devenir. Sept ans après avoir commencé cette aventure, je sais enfin dans quelle direction je veux aller.
La suite, vous la lirez ici. Quand le roman sera prêt. Quand la date de sortie sera fixée. Quand tout ce qui se passe dans les coulisses en ce moment sera prêt à être dit.
Pour l’instant, je signe.
Ensuite je me remets à écrire.






