Il y a une question que l’on me pose rarement, et que je me pose pourtant souvent. Non pas « pourquoi écris-tu des thrillers ? » (ça, tout le monde veut le savoir, et la réponse tient en une phrase : parce que je suis incapable d’écrire autre chose). Mais plutôt : qu’est-ce que cela fait de porter pendant cinq ans les fantômes des autres ?
Cinq ans. C’est le temps qu’il m’a fallu pour écrire les deux tomes des « Enfants du Salève ». Je les ai écrits pour moi, d’abord. Pas pour un éditeur, pas pour un salon, pas pour un algorithme. Pour moi, parce que ce roman, je le cherchais depuis longtemps dans les librairies et je ne le trouvais pas. Alors je l’ai fabriqué. Ce genre-là, on ne le lâche plus.
Je vous parle de tout ça parce que le 25 & 26 avril prochain, je serai au Salon du Polar de Scionzier. Et que si vous lisez ces lignes, c’est peut-être parce que vous aussi, vous aimez les histoires qui ne vous laissent pas indemnes.
La montagne comme complice
Le Salève. Si vous habitez la Haute-Savoie, vous connaissez ce nom. Vous savez comment cette montagne écrase Genève de son ombre au crépuscule, comment elle change de couleur avec la saison, comment elle semble retenir quelque chose que les gens du coin n’ont jamais tout à fait nommé.
J’y vis. C’est important de le préciser, parce que dans « Les Enfants du Salève », la montagne n’est pas un décor. Elle est un personnage. Muet, impassible, mais présent à chaque page. L’ancien orphelinat de guerre du Salève et sa piscine vide existent. Ce sont des lieux réels, que j’ai parcourus, que j’ai sentis, dont j’ai mesuré le silence particulier qu’ont les endroits où des choses graves se sont passées.
Mon roman entrelace deux époques : 1983, dans ce foyer de la DDASS où un groupe d’enfants, le Clan des Cherokees, tente de survivre à la réalité perverse de certains adultes ; et 2020, à Annecy, où la disparition brutale du petit Tom, six ans, vient réveiller ce qui dormait depuis quarante ans sous la neige. Je ne cherche pas le pittoresque alpin. Je cherche la tension qui naît quand un paysage magnifique abrite l’insupportable. C’est ça, la géographie du thriller psychologique : la beauté comme camouflage.
« Les descriptions ne versent jamais dans le dépliant touristique ; elles servent l’intrigue en créant des espaces de tension. » Le Monde du Polar
Ce que l’on fait avec les cicatrices
J’ai été libraire. Je suis aujourd’hui enseignante spécialisée. Ces deux vies, en apparence très éloignées, m’ont appris une seule et même chose : les enfants blessés deviennent des adultes qui portent leurs blessures de façon invisible, et c’est souvent au moment où ils pensent avoir tout enterré que ça remonte.
C’est le cœur psychologique de mes romans. Pas le crime en lui-même, pas le tueur, pas la scène de découverte du corps. Ce qui m’intéresse, c’est la mécanique du silence. Pourquoi certaines personnes se taisent des décennies entières sur des choses qui les ont détruits. Comment l’enfance maltraitée ne disparaît pas, elle se déplace, elle se transforme, elle ressurgit sous des formes que personne ne reconnaît pour ce qu’elles sont.
La maltraitance institutionnelle, le poids du deuil, la résilience qui ressemble de loin à la guérison mais qui n’en est pas tout à fait : voilà ce que j’explore. Non pas comme une experte en psychologie clinique, mais comme quelqu’un qui observe, qui écoute, qui a passé des années à être au contact de fragilités réelles. Le thriller psychologique, dans ce qu’il a de plus honnête, n’invente rien. Il met en forme ce que la société préfère ne pas regarder en face.
Le Salon du Polar de Scionzier : cinq éditions, une constance
Scionzier, c’est une commune de Haute-Savoie, nichée dans la vallée de l’Arve, à quelques kilomètres de Cluses. Ce n’est pas un grand festival parisien avec tapis rouge et attachés de presse. C’est autre chose, et c’est mieux.
La médiathèque et la mairie organisent cette année leur 5ème édition du Salon du Polar, les 24, 25 et 26 avril 2026, au Centre culturel Alpex, 5 rue du Foron. L’entrée est libre. Ce détail dit beaucoup sur l’esprit de l’événement : ici, la littérature policière n’est pas réservée à ceux qui peuvent se payer une place de salon. Elle est offerte à tout le monde, aux curieux, aux amateurs de la première heure, aux enfants aussi.
Au programme : rencontres avec les auteurs invités, séances de dédicaces, ateliers d’écriture et d’illustration, et une murder party pour ceux qui veulent passer de l’autre côté de l’enquête. La Cellule d’Identification Criminelle de la Gendarmerie de Haute-Savoie sera également présente pour des séances de découverte du métier d’enquêteur. Ce n’est pas anodin. Un salon du polar qui invite de vraies forces de l’ordre, c’est un salon qui prend le genre au sérieux, pas comme un divertissement de second rang, mais comme une forme littéraire qui mérite la confrontation avec le réel.
Le samedi est ouvert de 10h à 12h et de 14h à 19h. Le dimanche de 10h à 17h. Si vous êtes dans le coin, il n’y a pas de raison valable de passer à côté.
Ce que je viens faire là
Je ne viens pas vendre un livre. Enfin, si, plutôt deux même, mais ce n’est pas l’essentiel. Je viens parce que c’est dans ces rencontres-là que j’ai réalisé, pour la première fois, que les histoires que j’écrivais dans mon coin résonnaient chez des gens que je ne connaissais pas. Que les cicatrices que je décrivais, certains les reconnaissaient. Que le Salève, pour ceux qui y ont grandi, portait exactement la même charge que dans mes pages.
« Les Enfants du Salève » est disponible en deux tomes, Disparition et Révélation, en autoédition. Cinq ans de travail. Deux volumes. Une histoire qui commence avec la disparition d’un enfant de six ans et qui finit par déterrer quarante ans de secrets. Je ne suis pas une autrice de best-sellers, je suis une autrice qui a mis cinq ans à écrire le roman qu’elle cherchait depuis toujours. Ce n’est pas la même chose.
Je propose également lors de mes rencontres des lectures musicales, le premier chapitre lu à voix haute avec accompagnement guitare acoustique. Parce qu’un thriller psychologique, ce n’est pas seulement une histoire à lire dans sa tête. C’est aussi une atmosphère à entendre.
La vidéo, regardez-la avant de venir
Avant de vous retrouver au salon, prenez une minute vingt. Pas plus. C’est le temps qu’il faut pour entrer dans l’univers des « Enfants du Salève » : Tom, six ans, qui disparaît en plein coeur d’Annecy en 2020. Quarante ans plus tôt, d’autres se sont tus. Entre ces deux histoires, un ancien flic brisé qui revient là où tout a commencé — un foyer isolé, des traumatismes enfouis, et le Salève en arrière-plan, cette montagne qui domine Annemasse et qui m’a tout inspiré.
La vidéo, c’est aussi un portrait. On y apprend que je suis bassiste et chanteuse dans un groupe. Ce n’est pas anecdotique. La musique et l’écriture fonctionnent chez moi de la même façon : il s’agit toujours de trouver le bon tempo, la bonne tension, le moment exact où quelque chose bascule. Un thriller psychologique, c’est une partition. Et une basse, ça tient le fond, ça pose la menace, ça installe ce que les autres instruments ne disent pas encore.
Et pour tout savoir sur le programme du Salon du Polar de Scionzier, c’est ici.
Au fond, écrire un thriller psychologique, c'est toujours la même opération : on creuse sous la surface propre des choses pour voir ce qui dort en dessous. Les enfants qu'on a été. Les secrets qu'on a gardés. Les silences qu'on a choisis. Les paysages que l'on habite ne sont jamais innocents, ils gardent la mémoire de ce qu'on aurait voulu oublier. Reste à savoir si vous êtes prêts à regarder ce qui remonte quand on commence à gratter.






