BoD plutôt qu’Amazon. Un choix de libraire

Photo of author
Mel Eskera
avril 12, 2026 |

Ce que je vais vous dire ici ne s’applique pas à tout le monde. Chaque auteur a ses priorités, sa façon de penser la diffusion de son livre, sa vision de ce que l’autoédition doit lui apporter. Ce que je vous offre, c’est mon expérience. Celle d’une autrice de thriller psychologique, ancienne libraire, qui a écrit deux tomes d’une saga pendant cinq ans et qui sait, depuis l’autre côté du comptoir, ce que c’est que de tenir un livre entre les mains et de décider si on va le mettre en avant ou non.

Ce que j’ai entendu sur Amazon KDP. Et ce qui m’a convaincue de ne pas y aller


Je n’ai pas choisi BoD par défaut. J’ai fait un choix éclairé, nourri par des mois de lecture de témoignages, de visionnage de vidéos youtube, d’écoute de podcasts, de discussions avec d’autres auteurs autoédités, de questions posées dans des groupes et des forums.

Les retours sur Amazon KDP sont, disons, contrastés. D’un côté, la plateforme est gratuite à l’entrée, facile à utiliser, et offre un accès immédiat à des millions d’acheteurs. De l’autre, ce que les auteurs racontent en coulisses ressemble souvent à quelque chose de ien différent ! Des témoignages documentés sur Trustpilot rapportent que les salariés Amazon ne sont pas formés spécifiquement pour le livre : les exemplaires commandés sont emballés comme des DVD, sans protection, et arrivent en grande majorité abîmés.

exemple de cartons abîmés
et livrés dans un état déplorable

Ce n’est pas un cas isolé. Ce retour revient dans les témoignages d’auteurs français avec une régularité troublante : des cartons jetés devant les portes, dans les jardins, au pied des immeubles. Des livres cornés, froissés, défoncés à la réception. Quand on a mis cinq ans à écrire un roman, quand on a relu chaque phrase des dizaines de fois, quand on tient enfin le livre physique entre les mains pour la première fois, ce genre de réception n’est pas anecdotique. C’est dévastateur.

Mais ce qui m’a définitivement convaincue de ne pas prendre ce risque, c’est l’histoire d’un auteur que je connais, qui avait travaillé pendant des semaines avec un graphiste pour créer une couverture donnant l’illusion du cuir, avec des lettres en surimpression pour un effet tridimensionnel. Un travail précis, minutieux, pensé dans les moindres détails. La version imprimée par Amazon est ressortie plate. Sans effet. Comme si le fichier avait été aplati, vidé de tout ce qui faisait sa singularité. Des centaines d’euros de travail graphique anéantis par une impression qui ne distingue pas la subtilité du banal. Amazon reconnaît d’ailleurs lui-même, dans sa documentation officielle, que des variations de couleurs peuvent survenir en raison de nombreux facteurs sans aucun rapport avec votre fichier. Autrement dit : même en faisant tout correctement, le résultat peut vous échapper.

Sur la qualité d’impression, les témoignages convergent : papier très fin, pelliculage qui se défait, livres qui gondolent systématiquement et variations de couleurs sur la couverture sont des problèmes récurrents signalés par des auteurs ayant testé KDP. Certains ajoutent avoir reçu des exemplaires cornés ou tachés. Pour un thriller psychologique dont la couverture doit instiller une atmosphère précise avant même que le lecteur n’ait ouvert la première page, ce type d’aléas n’est pas acceptable.

La raison principale : être physiquement en librairie


Il y a une chose qu’Amazon KDP ne peut structurellement pas vous donner, et c’est celle qui a fini par me décider.

Je suis ancienne libraire. J’ai passé des années derrière un comptoir de la Fnac à recommander des livres, à observer comment un client choisit, à sentir ce moment précis où quelqu’un prend un livre en main, lit la quatrième de couverture, jauge le poids, touche la couverture. Ce moment-là, cette décision qui se prend en quelques secondes devant une étagère, je la connais de l’intérieur. Et je sais une chose avec certitude : elle ne se produit pas sur Amazon.

Sur Amazon, votre livre existe si quelqu’un le cherche déjà, si quelqu’un tape votre nom, votre titre, ou tombe dessus par hasard via l’algorithme de recommandation. La découverte y est possible, mais elle est filtrée, calculée, dépendante de variables que vous ne maîtrisez pas et qui changent sans préavis.

La librairie, c’est radicalement différent. Votre livre peut y exister pour quelqu’un qui ne savait pas encore qu’il vous cherchait. Il est là, sur une étagère, disponible pour un regard qui passe, pour une main qui s’arrête. Cette présence physique, cette matérialité dans l’espace d’une librairie ou d’une Fnac, c’est quelque chose qu’Amazon ne peut pas reproduire, quoi qu’il fasse.

BoD distribue dans les librairies françaises, suisses et belges, à la Fnac, et dans les plateformes de vente en ligne via les circuits habituels du livre. Une fois le livre publié, il est disponible sur les catalogues Dilicom et Electre. Il peut être commandé dans n’importe quelle librairie de quartier, en ligne, en Suisse, en Belgique. Mes deux tomes des Enfants du Salève peuvent être commandés en librairie. J’ai déposé des exemplaires à la Fnac. Ce n’est pas rien pour une autrice autoéditée. C’est même l’essentiel de ce pour quoi j’ai choisi cette plateforme.

Dilicom, la Sodis, et pourquoi le dépôt-vente est un piège


Voici quelque chose dont on parle peu dans les articles sur l’autoédition, et qui est pourtant central si vous voulez vraiment exister en librairie physique sans vous ruiner.

Quand un auteur autoédité veut que son livre soit en librairie, il a en théorie deux options. Soit il dépose ses livres en dépôt-vente : il fournit ses propres exemplaires au libraire, qui les vend à sa place et lui reverse le montant une fois la vente effectuée, en gardant sa commission. Soit son livre est référencé dans les circuits de distribution professionnels, auquel cas le libraire peut le commander directement sans passer par l’auteur.

L’infrastructure invisible qui fait tourner le marché du livre francophone

Le dépôt-vente semble séduisant en surface. Mais pour un auteur qui rachète ses propres exemplaires à environ 50% du prix de vente public, comme c’est le cas avec BoD, le calcul devient vite douloureux. Vous rachetez votre livre autour de 10 euros. Le libraire le vend à 19,90 euros et vous reverse entre 70 et 80% du prix de vente, soit 14 à 16 euros. Vous gagnez donc entre 4 et 6 euros par vente en dépôt-vente, après avoir avancé 10 euros plus les frais de port pour livrer vos exemplaires au libraire. Ce n’est pas rien, mais c’est structurellement insuffisant pour couvrir les frais d’impression des prochains exemplaires que vous voudrez acheter, en plus des frais de port, sans même parler de vous rémunérer. Et vous portez seul le risque des invendus : si le libraire ne vend pas, il vous renvoie les exemplaires, et vous avez avancé l’argent pour rien.

Prix d’achat d’un tome à 19,90€ (50% du PV TTC) pour l’auteur

Marge nette en dépôt-vente après commission libraire

Avance de trésorerie via Dilicom (commande directe)

Avec BoD, je n’ai pas besoin de faire de dépôt-vente. Quand un libraire souhaite proposer mes romans, il peut les commander directement via Dilicom et la Sodis, qui sont les circuits de distribution professionnels du livre en France. Le libraire passe commande exactement comme il passerait commande pour n’importe quel titre d’une maison d’édition classique. BoD imprime à la demande et expédie directement. Le libraire reçoit ses exemplaires. Je perçois ma marge sans avoir avancé le moindre centime, sans avoir stocké quoi que ce soit, sans avoir géré la moindre logistique.

C’est cette mécanique-là que j’explique systématiquement aux libraires quand je les rencontre en salon ou lors de démarches directes. Vous pouvez commander mes titres directement via Dilicom. Vous n’avez pas besoin de moi comme intermédiaire, pas besoin de me contacter pour passer commande, pas besoin de gérer un dépôt-vente qui complique votre comptabilité. Cela leur enlève un frein considérable et bien souvent, ils choisisissent de suite cette solution. Un libraire qui peut commander via ses circuits habituels est un libraire qui commande. Un libraire à qui vous demandez de gérer un dépôt-vente est souvent un libraire qui dit non, ou qui oublie, ou qui reporte.

Ce que BoD fait bien. Et ce que d’autres auteurs en disent


La qualité d’impression, d’abord. Les témoignages d’auteurs ayant comparé les deux plateformes convergent : la qualité d’impression chez BoD est généralement supérieure à celle d’Amazon KDP, avec davantage d’options sur le type de papier et de couverture. C’est mon expérience aussi. Mes couvertures sont fidèles aux fichiers fournis. Le papier intérieur est propre, le grammage satisfaisant. La reliure tient. Quand je tiens un exemplaire de Disparition ou de Révélation entre les mains lors d’un salon, je n’ai pas honte de le poser sur une table. Je n’ai pas à m’excuser de la qualité.

Pour un roman de thriller psychologique dont l’atmosphère visuelle doit être cohérente avec l’univers sombre des Enfants du Salève, c’est un prérequis non négociable. La couverture d’un thriller n’est pas une décoration. C’est la première phrase du roman. Elle doit faire son travail avant même que le lecteur l’ouvre.

La liberté sur les droits et le prix de vente est un autre atout réel. Avec BoD, vous êtes l’auteur, vous restez l’auteur. Vous fixez votre prix, vous gardez vos droits, vous modifiez vos fichiers si vous découvrez une coquille. Personne ne vous impose une exclusivité. Personne ne peut modifier votre prix de vente sans vous en informer. Ce point-là mérite d’être souligné, parce que certains témoignages d’auteurs sur Amazon KDP rapportent des modifications de prix appliquées sans accord préalable, ce qui est à la fois déstabilisant et difficile à contester.

Une reconnaissance technique et commerciale

La plateforme est également reconnue dans le milieu éditorial français. Dire que votre livre est publié via BoD, dans un salon ou lors d’un échange avec un libraire, n’appelle pas les mêmes regards condescendants que certaines alternatives. BoD est présent en France depuis 2012, compte plus de 40 000 auteurs actifs en Europe, et gère la distribution dans huit pays. C’est un acteur établi, pas une startup.

« La qualité d’impression chez BoD est très convenable, en tout cas supérieure selon mon expérience à celle d’Amazon KDP. De plus, vous avez le choix entre plusieurs papiers et plusieurs sortes de couverture. » — Loli, autrice autoéditée, Polymnesia

Ce que BoD fait moins bien. La vérité sans fard


Je vous ai dit que j’étais satisfaite avec des bémols. Les voici, clairement, parce que vous méritez de savoir ce qui vous attend.

Premièrement, le service client est difficile à joindre par téléphone. Il faut parfois de nombreuses tentatives avant de tomber sur quelqu’un. Ce que je peux vous dire, c’est que quand on arrive à joindre un interlocuteur, la réponse est précise, professionnelle, et la personne sait exactement de quoi elle parle. Par mail, BoD répond, mais les délais peuvent être longs. Si vous avez une urgence liée à un salon imminent, prévoyez du temps de marge. Ne comptez pas sur une réponse rapide en cas de problème de dernière minute. D’autres auteurs confirment cette réalité dans leurs avis en ligne : la joignabilité est le point faible le plus régulièrement cité, même par ceux qui sont globalement satisfaits du service.

Deuxièmement, l’exemplaire de référence coûte cher. Avant de valider définitivement votre livre pour la diffusion, vous devriez toujours commander un exemplaire physique pour vérification. Comptez environ 88 euros. Si vous relisez cet exemplaire et découvrez des coquilles, des erreurs de mise en page, des problèmes invisibles sur PDF, il faudra corriger, recharger les fichiers, et recommander un nouvel exemplaire. Encore 88 euros. Sur deux tomes, avec plusieurs allers-retours de correction, la facture monte vite. Sur mes deux volumes des Enfants du Salève, j’ai appris à mes dépens que ce poste budgétaire n’est pas optionnel si on veut un résultat vraiment propre.

Ensuite, les délais sont flous. BoD ne communique pas de calendrier précis sur les délais d’impression et de mise en ligne sur les différentes plateformes de distribution. Vous soumettez vos fichiers, vous attendez. Votre livre apparaît rapidement dans la librairie BoD, mais bien moins vite sur les autres plateformes de vente. Comptez quelques jours à quelques semaines selon les périodes. Si vous avez un salon prévu dans trois semaines et que vous venez de finaliser votre livre, vous prenez un risque. Ne comptez sur aucun délai garanti, parce qu’il n’en existe pas de contractuellement établi.

Enfin, les marges sont serrées, très serrées, sur les ventes directes. Quand vous rachetez vos propres livres pour les vendre sur vos salons, BoD vous les facture à environ 50% du prix de vente public. Sur un tome vendu 19,90 euros, vous rachetez votre propre livre autour de 10 euros, auxquels s’ajoutent les frais de port. Ce que vous récupérez en marge de vente directe sert, dans les faits, principalement à financer les prochains exemplaires que vous allez racheter pour les prochains salons. Vous ne faites donc aucun bénéfice à vendre en direct. La roue tourne, mais elle tourne lentement. C’est la réalité de l’autoédition physique, pas une spécificité BoD. Mais mieux vaut le savoir avant de fixer ses attentes.

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise avant de commencer


L’autoédition n’est PAS gratuite. Elle est souvent présentée comme une alternative accessible, libératrice, sans intermédiaire. C’est vrai dans une certaine mesure. Mais la liberté a un prix, et ce prix se paie en frais d’exemplaires de référence, en frais d’impression, en frais de port, en temps passé à gérer soi-même ce qu’un éditeur gère habituellement pour vous. En temps passé à démarcher les libraires, à expliquer Dilicom, à répondre aux questions sur votre statut, à être à la fois l’autrice, l’attachée de presse, la commerciale et la comptable.

Ce que BoD vous donne en échange, c’est la maîtrise totale de votre objet, de votre calendrier, de votre image. Personne ne vous imposera une couverture que vous n’avez pas validée. Personne ne repoussera votre sortie de six mois parce que le catalogue est plein. Personne ne vous demandera de modifier votre texte pour le rendre plus commercial, moins sombre, plus vendable. Ce que vous publiez, c’est exactement ce que vous avez voulu publier.

Pour un roman comme les Enfants du Salève, qui parle de maltraitance institutionnelle, de cicatrices invisibles de l’enfance, de sujets que le marché éditorial grand public trouve souvent trop inconfortables pour les premières listes de rentrée, cette liberté-là n’est pas un luxe. C’est une condition de survie créative.

J’ai choisi les librairies. J’ai choisi la qualité d’impression. J’ai choisi de ne pas entrer dans la mécanique du dépôt-vente qui ruinerait mes marges. J’ai choisi BoD en sachant exactement ce que je n’aurais pas en échange : des délais garantis, un service client joignable en deux coups de fil, des marges confortables sur mes ventes directes.

Ce sont des compromis. Tous les choix en sont.

Mais quand une libraire me dit qu’elle peut commander mes tomes directement via ses circuits habituels, quand un lecteur me retrouve en rayon alors qu’il ne me cherchait pas, quand je tiens entre les mains un exemplaire dont la couverture ressemble exactement à ce que j’avais imaginé, je sais que j’ai fait le bon choix pour ce roman-là.

À lire aussi

Laisser un commentaire