Cette interview, je ne m’y attendais pas vraiment. Ou plutôt, si. Mais ça ne m’empêche pas d’être encore un peu surprise chaque fois que quelqu’un juge mon histoire suffisamment intéressante pour poser des questions dessus.
C’était au Salon Polar de Scionzier. Un micro, une intervieweuse, et moi de l’autre côté avec mes mots et mes souvenirs. Nous avons parlé du bâtiment qui me hantait jusque dans mes rêves. Du Covid qui m’a forcée à me prendre une décision, une bonne fois pour toutes. Des 700 pages écrites en cinq ans, entre les répétitions de groupe, le collège et la vie de famille. De ce livre que je cherchais dans les rayons depuis des années et que je n’ai jamais trouvé. Ce livre que j’ai fini par écrire.
Voici la retranscription de cet échange, tel qu’il s’est passé.
Bonjour Mel Eskera. Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous accueillir pour cette interview. En 2025, vous avez écrit votre tout premier roman « Les Enfants du Salève : Disparition », et vous avez publié le Tome 2 récemment, « Les Enfants du Salève : Révélation ». Est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ?
Je suis une fan de lecture depuis que j’ai 12 ans. Je m’ennuyais beaucoup à cette époque, donc je lisais. Plus tard, je suis devenue libraire, pendant une dizaine d’années, puis enseignante. Aujourd’hui, je suis enseignante spécialisée au collège.
D’accord. Intéressant ce parcours qui est assez atypique, on peut dire.
Encore plus atypique par le fait que j’ai découvert la musique il y a peu de temps (il y a 5 ans) et qu’aujourd’hui je suis également musicienne.
Qu’est-ce qui vous a incitée à vous lancer dans l’écriture ?
Comme je disais, j’ai toujours lu des livres. Je voulais même devenir éditrice avant d’être libraire. Mais je me suis rendu compte que le monde de l’édition était un milieu très fermé et qu’il était très compliqué d’y entrer. Je me suis donc rabattue sur le monde de la librairie, que j’ai adoré ! Je me suis toujours dit que j’écrirais un livre. Je crois que je me dis ça depuis que j’ai 10 ans. Puis le Covid est arrivé et avec lui cette idée : qu’est-ce qu’on fait de notre vie ? J’ai repensé à ce projet de livre et je me suis dit que si je ne l’écrivais pas, personne ne le ferait à ma place. J’allais avoir 40 ans, il fallait peut-être que je m’y mette.
Pourquoi avoir choisi de faire se dérouler cette histoire ici et pas ailleurs ?
— LE BÂTIMENT QUI REVENAIT
Je rêvais d’un bâtiment qui a vraiment existé, dans lequel j’ai passé beaucoup de vacances en colonie SNCF. J’en rêvais toutes les semaines. À chaque fois, il se passait une histoire différente dans mon rêve, mais ça me hantait.
Le jour où je me suis dit qu’il fallait que j’écrive mon livre, j’ai fait le lien automatiquement avec ce rêve qui était là tout le temps. Et le jour où j’ai pris la décision d’écrire sur ce bâtiment, j’ai arrêté de rêver. Je me suis dit que ça devait être comme ça. Que je devais suivre mes rêves, et parler de ce bâtiment.
Pour votre premier roman, c’était vraiment un choix de partir sur un thriller psychologique ?
Oui, mais je ne l’ai pas écrit comme un premier roman, je l’ai écrit comme le roman de ma vie. J’ai mis tout ce que j’aimais, tout ce que je voulais. Je voulais qu’il soit parfait parce que, dans ma tête, j’écrivais LE livre que j’avais voulu écrire toute ma vie. Le seul et unique. Alors il fallait qu’il soit parfait.
Dans le résumé, il est écrit : « Ce premier roman, c’est celui qu’elle a longtemps cherché, celui qu’elle aurait rêvé de lire, maintenant il est entre vos mains. » Qu’est-ce que vous vouliez dire par là ?
J’aime beaucoup les romans qui parlent d’enfants. J’aime aussi les romans où on s’attache aux personnages, comme Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa, et auxquels on pense encore plusieurs années après avoir fini le livre. J’adore également les thrillers psychologiques, pour le rythme de lecture et le fait de trembler. J’aime avoir peur, comme dans les mondes de Stephen King. J’ai aussi une prédilection pour les univers un peu oppressants, comme ceux de Tatiana de Rosnay. Alors, j’ai cherché un livre qui mélangeait un peu tout ça. J’en ai lu beaucoup, certains s’en approchaient mais ensuite ils déviaient, et je me retrouvais déçue. Alors je me suis dit que comme je ne le trouvais pas, j’allais l’écrire.
Il y a eu un deuxième tome qui est paru récemment. On peut s’attendre à quoi ?
Ce sont toutes les réponses aux questions que j’ai soulevées dans le premier tome. Dans le premier tome, je vous présente les personnages, je les rends attachants. Je raconte leur histoire, je « pose des problèmes », comme on dit dans l’écriture, et toute la résolution arrive dans le Tome 2. Au départ, j’ai tout écrit d’un coup, ça m’a pris 5 ans. J’ai montré ces 700 pages à l’éditeur et il m’a dit que je ne pouvais pas publier un aussi gros livre, surtout pour un premier roman. Il m’a demandé de le scinder en deux. Mais le livre existe tel quel depuis le début.
Comment vous est venue l’idée de partir dans des axes si différents : plusieurs personnages, une histoire qui date d’il y a 40 ans ?
Je voulais absolument parler de ce bâtiment que j’ai évoqué tout à l’heure. Je voulais parler de mon enfance et de ce que j’avais connu dans les années 80. Je voulais qu’il y ait un écho actuel. Je me suis mise dans la peau de la femme que je suis, la mère que je suis, et je me suis dit : si aujourd’hui je perdais mon fils, comment je réagirais ? Quand on est enfant, on vit des choses et on ne les appréhende pas de la même manière que quand on est adulte. Quand on est adulte, parfois on garde ces cicatrices, parfois on essaie de s’en détacher, parfois on reproduit sans même en être conscient. C’est ce que je voulais montrer à travers ce roman.
Ce roman, ça vous a pris combien de temps ? Comment vous y êtes-vous prise ?
C’est venu de plein de choses. Déjà, j’ai mis 5 ans à l’écrire. Cinq ans parce que je suis enseignante, donc j’ai un métier qui me prend beaucoup de temps. J’ai découvert la musique et je fais partie d’un groupe. Je suis maman. Quand il reste du temps, on écrit. Ce n’est pas forcément la bonne stratégie, mais c’est comme ça que ça s’est passé. J’ai fait des recherches pour certains domaines, certains corps de métiers dont je parle dans le livre. Une fois le livre publié, j’ai aussi fait des recherches sur le passé du bâtiment et je me suis rendu compte qu’une partie de ce que je décris dans mon livre correspondait réellement à son histoire, c’est fou !
Est-ce que vous avez d’autres idées de romans, de projets ?
Comme au départ, c’était « juste » le livre de ma vie, je n’avais pas prévu d’en écrire d’autres. Ensuite, avec les retours de lecteurs, les chroniques dans la presse, les mots élogieux de la part de certains spécialistes du monde du polar, l’éditeur de thrillers qui m’a contactée pour lire mon prochain manuscrit, etc, j’ai commencé à réfléchir à un prochain roman. Aujourd’hui, j’ai un projet de roman qui est déjà très avancé. J’ai commencé à écrire les premiers chapitres. Bien sûr, je ne peux pas en parler. Mais ce que je peux dire c’est que ça reste du thriller psychologique.
En tout cas, on espère pouvoir bientôt le lire, ce fameux roman.
Oui, attendez quand même que je finisse de l’écrire !
. . .
Cette interview, je la relis aujourd’hui avec un sourire. Parce qu’elle dit, en quelques minutes, l’essentiel de ce que cinq ans d’écriture ont été. Un bâtiment. Un rêve qui revenait. Une décision prise presque malgré moi. Et un livre qui existait déjà, quelque part, avant même que je commence à l’écrire.
Ce que je n’ai pas dit dans cette interview, c’est que je ne savais pas encore, ce jour-là, si j’écrirais vraiment le prochain roman. Je le savais à moitié. Je le sentais. Aujourd’hui, une quinzaine de chapitres existent. L’histoire avance. Et je me dis que peut-être, c’est comme ça que ça fonctionnera toujours pour moi : pas de plan, pas de certitude, juste quelque chose qui s’impose et qu’on finit par écrire parce qu’on n’a pas trouvé d’autre façon de s’en débarrasser.
Je ne le trouve pas.
Alors je l’écris.






