Sans éditeur. Sans excuses

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Mel Eskera
juin 16, 2026 |

Maïa. Ce que j’ai cru. Ce qui s’est passé


Quand les éditions Maïa ont accepté de publier « Les Enfants du Salève », j’étais heureuse. Sincèrement, profondément heureuse. Cinq ans d’écriture dans les marges de ma vie, et quelqu’un qui disait oui. C’est ce qu’on attend. C’est ce qu’on espère pendant des années quand on écrit seule, sans certitude, sans garantie.

J’avais tort d’être aussi soulagée. Pas d’avoir signé, parce que je ne savais pas encore ce que ça allait donner. Mais d’avoir baissé la garde aussi vite.

On m’avait promis une présence en Fnac. Pendant huit mois, j’ai attendu. Relancé. Reçu des réponses qui disaient « bientôt », « ça arrive », « il y a un petit problème de référencement, mais on s’en occupe ». Le problème n’a jamais été résolu. Je l’ai compris quand, afin d’être fixée, j’ai appelé directement le service de référencement de la Fnac, et qu’ils m’ont répondu ne plus travailler avec les éditions Maïa.

Les libraires, également, refusaient de commander le livre. Pas parce qu’ils ne le voulaient pas, mais parce que Maïa travaille à compte ferme : les libraires ne peuvent pas retourner les invendus. Pour un titre d’une autrice inconnue, c’est un risque qu’ils ne prennent pas. Je ne le savais pas quand j’ai signé. Maïa s’était bien gardé de me le dire.

Et nulle part sur la couverture il n’était indiqué que ce livre était un tome 1. Des lecteurs achetaient 300 pages, s’attachaient aux personnages, et le livre se terminait sans résolution. Certains ont eu l’impression d’avoir été flouées. Ils avaient raison.

La reprise des droits. Ce que ça veut dire concrètement


Reprendre ses droits sur un roman, c’est un processus administratif froid qui cache quelque chose de beaucoup plus chargé émotionnellement. C’est dire à voix haute que la relation n’a pas fonctionné. Que ce qu’on espérait n’est pas arrivé. Que le contrat de confiance implicite a été rompu. Pas dans un grand fracas. Dans l’accumulation de petites trahisons ordinaires. Des promesses non tenues. Des erreurs non corrigées. Un silence qui dit tout.

J’ai récupéré mes droits. Les deux tomes sont maintenant publiés en autoédition via BoD — Books on Demand. Et pour la première fois depuis la publication du tome 1, je me sens vraiment responsable de ce livre. Pas parce que je fais tout toute seule (c’est épuisant, je ne vais pas prétendre le contraire). Mais parce que ce qui arrive à ce roman, en bien ou en mal, c’est le résultat de mes propres décisions.

Ce que l’autoédition donne que l’édition traditionnelle ne donne pas


Je suis présente en librairie. Mais pas partout. Il faut démarcher, convaincre, nouer des relations. Mais quand un libraire accepte de mettre mes livres en rayon, c’est parce qu’il a décidé de le faire. C’est plus fragile, mais c’est plus réel.

Si vous êtes lecteur et que vous vous demandez pourquoi mon livre n’est pas dans toutes les librairies, c’est ça, la réponse. Pas un manque de qualité. Une question de système.

Je peux corriger mon livre. Chaque coquille signalée par un lecteur, chaque retour qui pointe une erreur : je la note, je la corrige, je mets le fichier à jour. Le livre qui circule aujourd’hui est plus propre, plus juste, plus conforme à ce que j’ai voulu écrire.

Je contrôle la couverture, le texte de quatrième, le prix, le format. Quand quelqu’un ouvre mes Enfants du Salève, ce qu’il tient dans les mains correspond à ce que j’ai voulu faire. Pas à un compromis entre ma vision et celle d’un éditeur qui avait d’autres priorités.

Ce que l’autoédition ne donne pas


La distribution reste le point le plus difficile. Les grandes surfaces sont pratiquement inaccessibles sans distributeur. Les librairies demandent un démarchage constant, et ce démarchage prend du temps que je n’ai pas toujours.

La légitimité aux yeux du monde littéraire est encore un sujet. Il reste des regards qui disent : vraiment publiée ou autoéditée ? Comme si la valeur d’un livre dépendait du logo sur la quatrième de couverture plutôt que de ce qu’il y a entre les deux.

Si vous avez déjà hésité à acheter un livre autoédité, je vous comprends. Et je vous invite à vous poser la question autrement : qu’est-ce qui vous a déjà fait aimer un livre ? Le logo sur la couverture ou ce qu’il y avait dedans ?

Et maintenant, l’éditeur qui attend


Un éditeur spécialisé en thriller et roman policier m’a contactée après la sortie du tome 2. Il serait intéressé par mon prochain roman.

Je ne sais pas encore exactement ce que je vais faire. Ce n’est pas une question que je peux résoudre en théorie. Elle se résoudra dans la pratique, quand le manuscrit sera prêt, quand les conditions seront sur la table.

Je n’aborderai pas cette conversation de la même façon que j’ai abordé Maïa. Je ne baisserai pas la garde par soulagement. Je poserai des questions sur la distribution, sur les droits, sur la maquette. Je lirai le contrat. Entièrement.

Si vous êtes auteur et que vous vous posez les mêmes questions, je ne peux pas vous donner de réponse universelle. Mais je peux vous dire ce que j’ai appris : lisez les contrats. Posez des questions. Et ne baissez jamais la garde par soulagement.

L’autoédition m’a appris quelque chose que l’édition traditionnelle ne m’aurait peut-être pas appris aussi vite : la valeur de ce que j’ai écrit ne dépend pas de qui l’a publié. Elle dépend de ce qu’il y a dans les pages. Et ça, personne ne peut me le reprendre.

« Sans éditeur, sans excuses. »

Ce n’est pas une posture. C’est une façon de dire que j’ai fait des choix, que certains m’ont coûté, et que je les assume. Que le chemin vers les lecteurs n’est pas linéaire, qu’il passe parfois par des détours douloureux, et que ces détours font partie du travail autant que l’écriture elle-même.

Ce que vous faites quand vous fermez mon livre, je ne le saurai jamais vraiment.

Autrice autoéditée.
Sans éditeur.
Sans excuses.

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