Il y aura un prochain roman. Je ne l’avais pas prévu

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Mel Eskera
mai 19, 2026 |

Il n’y avait que ce roman. Le roman. Celui que je m’étais promis depuis l’adolescence. Celui qui concentrerait tout ce que j’aime, tout ce qui me fait trembler, tout ce qui m’inspire. Pas un premier roman. Mon roman. Celui de ma vie.

Et puis quelque chose a changé.

Ce que les retours de lecteurs font à une autrice qui n’avait prévu qu’un seul livre


Je n’avais pas prévu d’en écrire d’autres. « Les Enfants du Salève » n’étaient pas le début d’une carrière. Ils étaient un accomplissement. Comme partir vivre au pied du Mont-Blanc. Comme apprendre la basse et jouer dans un groupe. Des projets qu’on porte longtemps, qu’on réalise, et qu’on n’est pas obligé de répéter pour qu’ils aient du sens.

Et puis les lecteurs ont lu. Les retours se sont accumulés. Des gens qui revenaient des semaines après avoir refermé le livre pour dire qu’ils pensaient encore aux personnages. Des chroniqueurs professionnels qui ont mis des mots sur ce que j’avais construit. Des auteurs à Scionzier qui, après la lecture musicale, me conseillaient d’enregistrer l’intégralité du roman de cette façon. Et un éditeur spécialisé en thriller qui m’a contactée pour me dire qu’il serait très intéressé de découvrir ma prochaine histoire.

Mon prochain roman. Le mot a mis du temps à atterrir. Et puis, très doucement, quelque chose s’est mis en mouvement.

Le vertige d’écrire après le roman de sa vie


Il y a un vertige particulier à commencer un deuxième roman quand le premier était censé être le seul. Ce vertige ne ressemble pas au syndrome de l’imposteur. Ça, c’est réglé, j’en ai parlé ailleurs. Ce n’est pas non plus la peur de la page blanche. J’ai appris à construire, à structurer, à tenir une narration sur la durée.

Non. Ce vertige-là est différent. C’est celui de quelqu’un qui a tout mis dans un seul endroit pendant cinq ans, et qui doit maintenant trouver autre chose à mettre ailleurs. Sans trahir ce qui est déjà là. Sans se répéter. Sans faire semblant d’avoir une suite à proposer quand ce qu’on veut, c’est une direction nouvelle.

La question que je me suis posée au début : est-ce que ce roman existe parce que j’ai quelque chose à dire, ou parce qu’un éditeur attend et que les retours de lecteurs ont été encourageants ? La différence est essentielle. On peut écrire sous la pression de l’extérieur. Mais ce n’est pas comme ça qu’un roman devient nécessaire.

Un roman devient nécessaire quand il vous hante. Quand il revient sans qu’on l’appelle. Quand certains personnages refusent de se laisser mettre de côté et continuent d’exister dans votre tête, même quand vous avez fermé votre carnet.

Ce prochain roman commence à me hanter…

Ce que je peux dire. Et ce que je dois encore taire


Je ne vais pas vous raconter cette prochaine histoire. Pas encore. Un roman en cours d’écriture est un objet fragile. Il a besoin d’obscurité pour se construire. Le nommer trop tôt, c’est risquer de le figer dans une version de lui-même qui n’est pas encore la bonne.

Mais je peux dire qu’il porte pour l’instant un titre provisoire, Celle que j’entends. Ce titre-là, je peux le partager parce qu’il dit tout et rien à la fois. Il laisse une question ouverte. Et c’est exactement là que je veux emmener le futur lecteur.

Je peux aussi vous avouer que ce sera un thriller psychologique. Ancré en Haute-Savoie. Encore. Dans ces montagnes que je connais, que j’ai arpentées, et qui ont leur façon particulière de faire résonner une histoire sombre.

Il y aura un deuil au cœur de ce roman. Un deuil impossible, pathologique, qui prendra des formes que la raison refuse d’examiner. Une personne qui refusera de perdre quelqu’un. Et elle ira très loin dans ce refus. Beaucoup plus loin que ce qu’on imagine quand on pense aimer quelqu’un.

La même question que dans « Les Enfants du Salève », mais posée différemment : jusqu’où peut-on aller pour refuser de perdre quelqu’un ? C’est tout ce que je peux dire. Le reste appartient encore au roman.

Les montagnes comme territoire intérieur


Il y a quelque chose que je n’avais pas prévu, en décidant d’ancrer à nouveau ce nouveau roman en Haute-Savoie. Je pensais que revenir sur ce territoire serait une facilité. Un décor connu, des repères rassurants. Ce n’est pas ce qui se passe.

Revenir sur ces montagnes avec un autre roman, c’est les regarder différemment. « Les Enfants du Salève » avaient fait du Salève un personnage. Celui-ci fait de la montagne autre chose. Pas un personnage. Un espace moral. Un endroit où ce qu’on cache finit par remonter, parce que la montagne n’absorbe pas. Elle conserve.

Je suis allée sur ces lieux avant d’écrire. Pas pour prendre des notes, enfin pas seulement. Pour ressentir. Pour comprendre ce que ces endroits font à un corps, à une respiration. Parce qu’un lieu qu’on n’a pas traversé physiquement se voit sur la page. Il manque quelque chose. Une texture. Une lumière précise. L’odeur de l’air à cette altitude, à cette saison.

Comment ce deuxième roman change ma façon d’écrire


Le premier roman, je l’ai écrit comme si c’était le seul. Je pouvais tout mettre dedans parce qu’il n’y aurait pas d’après. Je pouvais prendre le temps qu’il fallait parce que personne n’attendait.

Celui-ci, je l’écris autrement. Il y a un éditeur qui attend. Des lecteurs aussi. Ce n’est pas une pression paralysante, c’est une forme de confiance qui oblige. Ceux qui ont lu et aimé « Les Enfants du Salève » ont décidé que ce qu’il y avait dedans méritait d’autres livres. Pas une suite narrative. Une suite d’autrice.

Aujourd’hui, je m’organise mieux. Je réfléchis plus longtemps avant d’écrire. Je construis plus rigoureusement. Et paradoxalement, cette rigueur ne bride pas la création, au contraire. Elle la libère. Quand la structure est solide, la prose peut prendre des risques. Quand les indices sont bien semés, le lecteur peut être déstabilisé sans se sentir trahi.

Ce deuxième roman est en train de m’apprendre quelque chose que « Les Enfants du Salève » n’avaient pas fait. Que je suis une autrice. Pas quelqu’un qui a « écrit un livre ». Quelqu’un qui écrit. tout simplement.

Ce que Scionzier a déclenché sans le savoir


Je reviens à cet auteur qui m’avait demandé : « Et après ? »

Ce weekend-là, j’ai eu des frissons pendant la lecture musicale. J’ai vu des lecteurs repartir avec les deux tomes sous le bras en promettant de me donner des nouvelles. Et j’ai répondu à cette question à laquelle je n’avais encore jamais véritablement répondu.

Il y aura un prochain roman. Il porte pour l’instant un titre provisoire. Je ne sais pas encore quand il sera fini. Je ne sais pas encore exactement ce qu’il dira de définitif sur les zones d’ombre de l’esprit humain. Parce qu’il est encore en train de me le dire. Mais il existe. Et quelqu’un l’attend. Moi la première.

Pour la première fois de ma vie d’autrice, le mot « après » a un contenu.

Ce n’est pas rien.

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